[04/03/2014] Lettre ouverte aux candidats aux élections municipales

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[COMMUNIQUE]

//LETTRE OUVERTE AUX CANDIDATS AUX ELECTIONS MUNICIPALES DANS LES COMMUNES DU GRAND LYON

#04 MARS 2014


Madame, Monsieur,

Vous êtes candidat aux élections municipales des 23 et 30 mars prochains sur l’une des 58 communes du Grand Lyon et donc préoccupé par le sort de vos concitoyens.

Cette attention portée au devenir de votre commune doit obligatoirement vous interpeller sur la création de la Métropole de Lyon. Rappelez vous, nous en avons été informés par voie de presse au mois de décembre 2012. MM. Collomb et Mercier, au nom d’un accord politique entre grands élus, ont scellé le sort de plus d’un million et demi de Grands Lyonnais : la communauté urbaine de Lyon et le département vont fusionner à compter de l’année 2015.

L’apprendre par la presse ? Quoi de plus normal. Inutile de s’attarder sur de trop longs débats. Inutile même de consulter les élus des deux assemblées. A quoi bon d’ailleurs ? Les institutions n’intéressent pas les citoyens. Ils doivent se rallier à ce projet indiscutable parce qu’intrinsèquement moderne. Mais aussi magnifique ou incontournable soit cette Métropole aux yeux de ses fondateurs, comment se fait il qu’aucun débat de fond ne semble s’inviter dans l’actuelle campagne municipale ?

Il faut bien le reconnaître : de nombreuses incertitudes pèsent sur la Métropole voulue, dessinée et imposée par l’actuel maire de Lyon. A y regarder de près, elle présente quatre travers très inquiétants.

1. En premier lieu, la métropole est née d’un coup de force fomenté par des grands élus. Cette Métropole n’est en rien le produit d’un processus délibératif. Elles sont bien loin la ville de Lyon et la Communauté urbaine qui s’étaient tant illustrées dans le mandat 2001-2008 par l’adoption d’une charte de la participation. Ces deux grands notables n’ont pas jugé bon de solliciter l’avis d’instances telles que le conseil de développement. Cette absence constitue une tare qui pèse et pèsera lourdement sur la mise en œuvre et l’existence de cette nouvelle Métropole née d’une autorité abusive. Elle en sera sa fragilité consubstantielle.

Depuis des mois, le Groupe de réflexions et d’action métropolitaine (GRAM) appelle les citoyens à interpeller ces acteurs, lors des réunions et manifestations diverses qui ont lieu dans le cadre de la campagne électorale. Il est urgent de sortir de l’apathie actuelle qui renforce notre crise démocratique.

2. La Métropole souffre, en outre, d’un déficit de légitimité démocratique. Dès 2015, les institutions métropolitaines vont être marquées d’un sceau inédit dans l’histoire de notre vie politique républicaine. Les représentants métropolitains dépositaires d’un pouvoir départemental n’auront pas été élus au suffrage universel direct comme le veut la loi de… 1871 !

Certes quelques sbires vont argumenter que le fléchage est un mode de désignation démocratique. Quelle supercherie ! A ce jour, aucune campagne métropolitaine. Aucun débat permettant aux électeurs de saisir les grandes orientations de la collectivité, d’en apprécier les enjeux. Et si le Sénateur-Maire de Lyon est si attaché à défendre la Métropole et son autonomie, pourquoi n’a-t-il pas introduit le principe de non cumul entre maire d’une commune et président de la métropole ? Là encore, nous vivrons, dans le Grand Lyon, en marge de la République.

Le GRAM appelle à rompre avec une telle conception archaïque du pouvoir. Le cumul et l’accumulation de mandats dans le temps sont les principaux freins d’une démocratie locale vivante.

3. La Métropole – il ne faut pas se tromper – est pensée dans le cadre d’une intercommunalité classique. Aucune inventivité institutionnelle n’est sortie du cabinet du Sénateur-Maire-Président du Grand Lyon. Cette métropole ressemble à s’y méprendre à la communauté urbaine née en 1969 : un exécutif de plus d’une vingtaine d’élus ; une absence de toute forme de parité pour mieux garantir l’appropriation durable des postes par des hommes élus parfois depuis près de quarante ans ; une centralisation des pouvoirs qui ne cesse de s’accroître depuis la création de la communauté.

Le GRAM propose une métropole beaucoup plus équilibrée qui reposera sur les principes d’un fédéralisme métropolitain. De nombreuses compétences – sanitaires, sociales, économiques – doivent être confiées à l’échelon de proximité : commune ou arrondissement. Un équilibre et un contrôle des pouvoirs est à rechercher non seulement dans cette répartition entre les différents niveaux mais également dans une séparation entre l’exécutif et le délibératif.

4. Surtout la création de cette Métropole ne peut être soutenue que si l’on en connaît les objectifs. Certains nous diront que nous n’avons pas le choix et que, dans un contexte de compétitivité territoriale impitoyable, il n’y aura plus dans vingt ou trente ans que trois métropoles capables de dynamisme en France. Et Lyon doit en être ! Le citoyen non content d’être dépossédé de toute forme de débats et de possibilité de peser sur les contours de cette institution serait bien obligé d’adhérer à la parole du grand élu qui seul peut parler en connaissance de cause ! C’est une confiance aveugle qui est demandée aux citoyens.

Pour le GRAM, la Métropole a pour raison d’être la mise en œuvre d’un nouveau mode de développement urbain durable et équitable, susceptible de mettre fin aux inégalités territoriales et sociales en matière de transports, de logements, de soins, d’équipements culturels et d’accès aux services publics. La Métropole devra également assurer un accès durable à tous aux biens communs.

De cela, il nous faut débattre ! Nous appelons tous les acteurs politiques à sortir du silence et à présenter clairement leurs objectifs.

Le GRAM organisera durant les mois à venir ce débat avec l’ensemble des citoyens car ce sont eux qui doivent dessiner les contours et préciser le contenu de la nouvelle organisation territoriale.

Paraphrasant François Mitterrand, nous voulons, à quelques semaines d’une échéance majeure, démystifier le projet de Métropole du maire sortant en montrant «comment au lieu de restaurer le respect de la loi il pervertit l’esprit civique, comment au lieu de confier au peuple la maîtrise de son destin il le confisque».

Lyon ne peut décider seule de l’avenir des Grands Lyonnais.

André Gachet, Renaud Payre, Nathalie Perrin-Gilbert, Paul Raveaud,

pour le Gram, Groupe de réflexion et d’actions métropolitaines

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