[07/07/2014] Réaménagement Espace Mazagran

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[CONSEIL MUNICIPAL DE LYON -07 JUILLET 2014]

#POUR QUI CONSTRUISONS NOUS LA VILLE? REAMENAGEMENT DE L’ESPACE MAZAGRAN

@ARTHUR REMY – CONSEILLER MUNICIPAL

 


Intervention d’Arthur Remy pour Lyon Citoyenne & Solidaire

Si cette délibération traduit l’une des conclusions de la concertation du projet de réaménagement de l’espace Mazagran, pour laquelle les élus Lyon Citoyenne et Solidaire ne s’opposeront pas, je souhaitais attirer notre attention collective sur la problématique de la participation citoyenne.

En effet, au cours du précédent conseil municipal, je posais une question ouverte à notre assemblée. Alors certes, paraissait-elle trop philosophique pour que décemment, dans les contraintes horaires qui nous sont imposées, nous en discutions sérieusement. Pour autant, cette question ouverte est importante à double titre :

  • d’une part, déterminer le degré d’intervention de la collectivité sur l’espace public ;
  • et d’autre part, déterminer les niveaux de sociabilité auxquels un espace public doit répondre.

Ma question,  « Pour qui construisons-nous la ville ? », trouve dans cette délibération un écho tout particulier et s’adjoint d’autres questions, comme : comment fait-on la ville ? Quel est le rôle de la collectivité dans la sédimentation urbaine ? Quelle place pour le citoyen dans l’aménagement urbain ?.

 Le sujet ici : le réaménagement de l’espace Mazagran en plein cœur du quartier de la Guillotière dans le 7ème arrondissement. Sujet complexe tant l’identité du quartier de la Guillotière est importante : quartier populaire, lieu de croisement multiculturel, mais quartier en dépérissement. Ce projet pourrait faire figure de soutien à la rénovation d’un quartier ancien, mais vivant, jusqu’il y a peu inclus dans la politique de la ville.

Pour rappel : ce projet s’inscrit dans une vision à long terme de désenclavement de laGuillotière. Considéré comme dense et insalubre, le Grand

Lyon imagine une diagonale verte permettant à l’ambiance verdoyante des bergesdu Rhône de se propager en plein cœur de la Guillotière. Après plusieurs années de politiques prospectives et foncières, le Grand Lyon inscrit la première phase de ce projet dans ses programmes d’investissement : le réaménagement de l’espace Mazagran.

Et, en parallèle de la programmation et de la conception de cet espace public, le Grand Lyon décide en 2011 de lancer une concertation.

Initiative louable ! Louable, car on ne fait pas ici l’écueil traditionnel de la concertation : on souhaite associer les habitants dans la réflexion des

élus en amont du projet d’espace public, dans sa phase de programmation. Louable, si ce n’est qu’après deux années de concertation faite de nombreuses réunions, le bilan n’est pas positif.

En effet, les réunions en phase programmation ne laissent peu de places au débat. Quelques éléments, car je ne voudrais pas être exhaustif :

  •  le périmètre géographique de la concertation est d’emblé remis en question par les habitants dès la première réunion ;
  • les méthodes de communication et d’association des habitants aux réunions sont questionnées : comment chercher les personnes qui ne s’expriment pas alors même qu’ils vivent dans un quartier ? ;
  • la présence des élus rigidifient l’exercice de la réunion publique dans un rapport frontale gouvernant / gouverné ;
  • et surtout : remise en question du choix d’une diagonale verte, l’espace Mazagran étant vu comme une poche délimitée, une place de village.

 Petit à petit, la concertation s’effrite. Et ce qui au départ était une initiative louable tourne au fiasco et au simulacre de démocratie : les élus écoutent ce que les habitants ont à dire, puis repartent et prennent des décisions seuls. Leshabitants ne se sentent pas associés au processus de décision, la situation se tend, les rapports sont conflictuels.

On avait cru bien faire avec ce projet de diagonale, mais les habitants ne se l’approprient pas. En effet, en face de conception, deux décisions sont particulièrement remises en cause :

  • la démolition du 52 rue Montesquieu : un immeuble qui marque l’identité du quartier alors qu’un collectif d’habitants a fait savoir son envie de le réhabiliter en habitat coopératif ;
  • le déplacement de l’îlot d’Amaranthes, jardin partagé géré par l’association Brind’Guill, structure éphémère qui au fil des années à trouver sa place sur cette place.

Sur ces éléments de débat, les élus du Grand Lyon et de la Ville  de Lyon d’alors, tranchent : alors que la diagonale verte est remise en question par les participants à la concertation, elle apparaît comme primordiale aux yeux des élus. Le 52 rue Montesquieu sera détruit. (Entre parenthèse, nous pourrions aussi discuter du coût de cette opération d’achat démolition, soit plus d’un million 300 milles euros pour 300 m2 d’espaces verts, ce qui nous donne un m2 à environ 4.300 €, un record !).

Par ailleurs, on proposera un scénario de déplacement de l’îlot d’Amaranthes aux habitants, mais aussi un scénario alternatif, face à une pression citoyenne grandissante.

Pour conclure, ce projet illustre le brutalisme d’une opération d’urbanisme. On passe du stade A au stade B, sans étapes intermédiaires d’appropriation de l’espace par ses usagers.

N’aurait-il pas été plus intelligent de prendre réellement en compte l’histoire humaine de la Guillotière , cepatrimoine immatériel, fait d’usages et de représentations collectives ?

N’aurait-il pas été plus stratégique de définir en amont de ce projet, avec les habitants, la stratégie de dynamisation de l’espace urbain de la Guillotière ?

N’aurait-il pas été plus démocratique d’associer les citoyens à la rédaction du cahier descharges de sélection des équipes de maîtrise d’œuvre ?

Pourquoi toujours faire pour le compte de, alors qu’il serait préférable de faire avec ?

Pourquoi ne pas baser l’action publique sur toutes les formes de collectifs citoyens, qui ont une vraie connaissance des réalités socioéconomiques des quartiers ?

Elu du GRAM, sur la liste Lyon Citoyenne & Solidaire, je pense qu’il est temps de changer de paradigme en matière de concertation. Car, vous l’aurez compris chers collègues, dans le cas du projet de réaménagement de l’espace

Mazagran, on est bien loin d’une véritable participation citoyenne !

Je préférerais, Monsieur le Maire, que nous mettions en place une co-conception de l’action publique.Cela se traduit, en matière d’espace public et d’urbanisme, de réfléchir en amont avec les habitants aux évolutions d’un quartier. Un document aussi stratégique qu’est le Plan Local d’Urbanisme, est un outil essentiel, qui, même s’il paraît technique au premier abord porte un projet politique qui, à mon sens, doit êtrepartagé avec le plus grand nombre.

Délibération 2014/267 : Lyon 7ème – mises à disposition à titre gratuit de différentes parcelles de terrains entre la ville de Lyon et la communauté urbaine de Lyon dans le cadre de l’aménagement des espaces publics de proximité dans le quartier Guillotière (espace Mazagran) pour les besoins de jardins partagés.

 

 

 

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