[15/12/2014] Musée des Confluences

[CONSEIL METROPOLITAIN DU GRAND LYON – 15 DECEMBRE 2014]

#LE MARKETING TERRITORIAL NE FAIT PAS UNE POLITIQUE PUBLIQUE ET L’ADHESION DES ACTEURS LOCAUX CONDITIONNERA LA REUSSITE DU MUSEE DES CONFLUENCES DEMAIN

@NATHALIE PERRIN-GILBERT- CONSEILLERE METROPOLITAINE


Le GRAM s’abstiendra sur cette délibération.

Nous ne voterons pas « contre » car dans le cadre de la création de la Métropole il est nécessaire qu’une nouvelle convention soit signée entre l’EPCC Musée des Confluences et la Métropole de Lyon. Mais nous ne pouvons pas voter en l’état pour une délibération dont l’objet est un projet qui a mis département, ville et contribuables réunis, au bord de la crise de nerfs.

  • Puisque la Métropole se substitue désormais au Département, nous devons tenter de transformer en une réussite ce qui n’a été jusqu’alors qu’un mauvais feuilleton architectural et budgétaire.

  • Nous le devons au vu de l’importance des enjeux urbains et financiers majeurs associés à ce projet. Ces enjeux font que parfois la comparaison est faite avec le musée Guggenheim qui depuis 1997 a radicalement et efficacement transformé Bilbao. Ce qu’on appelle désormais l’ « effet Guggenheim » enseigne que l’on peut utiliser la création d’équipements culturels comme puissant moteur de développement. Mais il montre aussi qu’il n’est pas de recette magique et que la métropole basque a su accompagner en amont et en aval le magnifique projet dessiné par Franck Ghery.

  • En amont, il y a la maîtrise du budget. Il est inutile de rappeler ici l’amertume des contribuables lyonnais et métropolitains face à un projet qui est passé de 61 millions à 255 millions, ou 360 millions d’euros selon les sources.

  • Le premier objectif de la Métropole doit donc être désormais la meilleure gestion possible du site en tant que propriétaire. A ce titre, l’article 5 de la convention définit les responsabilités et charges du propriétaire. Etant donné toutes les mauvaises surprises qu’a réservé le bâtiment durant sa conception, on peut supposer que d’autres suivront après la mise en service du site et que, peut-être, les charges à venir du propriétaire ont été sous-estimées. Comment pouvons-nous nous protéger de cela ? A-t-on fait appel ou peut-on faire appel à un cabinet d’expertise indépendant pour formaliser un état des lieux du bâtiment qui puisse être opposable au Nouveau Département du Rhône en cas de mauvais tours à venir ?

  • Le budget concerne aussi le fonctionnement du musée. Sur quel budget de fonctionnement annuel partons-nous ? Le chiffre de 18 millions d’euros circule. A titre de comparaison le budget annuel du Louvre-Lens s’élève à 15,5 millions d’euros, avec des recettes propres du musée (mécénat inclus) qui n’excèdent pas 3 millions d’euros. Soit plus de 12 millions de fonds annuels publics et ce malgré un chiffre de 900.000 visiteurs la première année et une estimation à 500.000 les années suivantes.

Comment a été bâti le budget 2015 du Musée des Confluences et quelle va être la part de la métropole ? A la veille du vote du budget de la Métropole, il est important qu’une information claire soit disponible aux élus comme aux habitants.

  • J’insiste sur l’information aux habitants car une des clés de réussite du projet demain sera l’adhésion des Lyonnais eux-mêmes. L’exemple basque nous enseigne que son succès repose aussi sur un contexte d’appropriation du projet par les habitants, les acteurs économiques et culturels « locaux ». Un contre-exemple semble être celui de la ville de Valence en Espagne qui a elle aussi misé sur des grands équipements et des gestes architecturaux forts, mais qui peine aujourd’hui après 10 années passées à séduire visiteurs et investisseurs étrangers. Un modèle de développement culturel ne peut donc reposer que sur une seule politique d’image, axée sur tourisme et événementiel.

Bref le marketing territorial ne fait pas une politique publique et l’adhésion des acteurs locaux conditionnera la réussite du Musée des Confluences demain. Nous ne le savons que trop bien : l’échec de notre candidature au rang de capitale européenne de la culture s’est expliqué en partie par le manque de portage collectif et enthousiaste par les Lyonnais. Aussi quel projet avons-nous qui permette l’adhésion à cet équipement, qui permette de corriger le déficit d’amour dont il pâtit notamment en raison des dérapages budgétaires vécus comme insupportables ?

  • Une manière de faire adhérer les Lyonnais pourra être le sentiment de fierté ressenti pour la qualité de ses collections et expositions.  Le projet scientifique du musée doit reposer sur la grande qualité des œuvres exposées, mais aussi sur une ligne directrice immédiatement lisible et compréhensible. La délibération que vous nous proposez tente de définir cette ligne directrice mais il lui faut pas moins de 60 mots pour ce faire. C’est bien trop flou ! Et ce problème de lisibilité se répercute dans la presse. Ainsi, dans son dossier réservé au Musée des Confluences une journaliste de l’Express parle le 3 décembre dernier  (je cite) d’ « un bric à brac fascinant ». « L’éclectisme de son fonds frise l’absurde » écrit-elle encore. Interrogée dans ces mêmes colonnes la directrice du Musée évoque une « accumulation à la mesure d’une utopie »…. Certes…

  • Monsieur le Président, reconnaissez qu’une accumulation ne fait pas un projet scientifique et qu’à 300 millions d’euros, le  « bric à brac » est un peu cher ! Ma question est de savoir quelles sont donc les futures marges de manœuvre de la Métropole pour fixer des objectifs en matière de projet muséal ?

  • Cette intervention s’est voulue plus large que le seul objet de la délibération car nous estimons que ces questions doivent être prises à bras le corps si nous voulons réussir à réconcilier les Lyonnais avec ce musée des Confluences et transformer ce qui pourrait être un cadeau empoisonné en une belle promesse d’avenir pour un quartier, Confluence, pour notre ville et notre métropole.

    Délibération n°2014-0452 – Création de la Métropole de Lyon – Musée des Confluences – approbation de la convention définissant les relations administratives entre l’établissement public de coopération culturelle (EPCC) et la Métropole de Lyon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *