[19/01/2015] Budget primitif 2015

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[CONSEIL MUNICIPAL DE LYON – 19 JANVIER 2015]

#BUDGET PRIMITIF 2015

@NATHALIE PERRIN-GILBERT- CONSEILLERE MUNICIPALE

 


Mesdames, Messieurs, les élu.e.s du groupe Lyon Citoyenne et Solidaire ne pourront pas voter favorablement le budget 2015 de notre ville.

Plusieurs raisons motivent ce vote contre le budget tel qu’il nous est présenté.

1. Tout d’abord, et en termes de méthode, nous aurions souhaité une possibilité de contribution collective à l’élaboration de ce budget.

Effectivement le gouvernement demande aux collectivités territoriales de participer à un effort important  en matière de réduction des dépenses et réduit les dotations de l’Etat. Mais justement, pour faire face à ce contexte tendu et contraint,mettre en œuvre un travail collectif avec l’ensemble des élus municipaux volontaires aurait été plus sain et judicieux.

Bien sûr il est a priori plus facile d’imposer que de concerter, mais en agissant ainsi je pense que notre municipalité se prive d’une mobilisation nécessaire de tous ses élu.e.s et de possibles sources de créativité. Faire vivre la démocratie représentative, voilà ce que le groupe Lyon Citoyenne et Solidaire (composé du GRAM et du Front de Gauche) vous demande à l’aube de cette nouvelle année.

Mais nous pourrions aller aussi -et c’est notre souhait- jusqu’à une démocratie participative en associant les Lyonnaises et les Lyonnais à nos choix budgétaires. Mme Anne Hidalgo n’a pas attendu pour mettre en place un budget participatif, avec 5 % du budget d’investissement de Paris votés directement par les Parisiennes et les Parisiens, dès 2015 et pour toute la durée du mandat (soit au total 500 millions d’euros d’investissements directement votés par les habitants).

2. Après la méthode, le sens.

Je veux rappeler iciqu’un budget est toujours la traduction d’un projet politique ; et qu’un projet politique se comprend et s’apprécie dans une certaine durée.

Nous devions débattre du plan de mandat au mois de novembre 2014. Ce débat n’a pas eu lieu. Il est a priori reporté au mois de mars 2015 soit un an après notre élection. Monsieur le Maire, vous nous demandez de voter le 1er budget de plein exercice de votre mandature sans nous avoir encore présenté de plan de mandat. Comment pouvons-nous voter sérieusement et raisonnablement ce premier budget de plein exercice sans avoir une vision d’ensemble des priorités de notre municipalité jusqu’en 2020 ? sans avoir eu ici même un débat sur ces priorités ? sans avoir eu encore de réponse quant aux projets qui seront retenus ou non dans les arrondissements dans le cadre des années à venir ?

3. Il en va de même pour la fiscalité. La hausse du taux de fiscalité que vous nous demandez de voter pour 2015 (+ 4 % pour la taxe d’habitation et la taxe foncière sur les propriétés non bâties et + 6,17 % pour la taxe foncière sur les propriétés bâties) ne peut s’apprécier qu’au regard du projet que vous  nous proposez et que  nous ne connaissons pas encore…

 

* Projet en termes d’investissements tout d’abord. Si nous sommes convaincus de la nécessite de maintenir une capacité d’investissement élevée (600 millions d’euros durant ce mandat), nous avons besoin de savoir à quoi va servir cet effort, effort auquel vont contribuer par leur impôt nos concitoyens.

Selon nous, la hausse du taux de fiscalité ne peut s’entendre que si vous nous garantissez que les choix d’investissement de notre municipalité dans les six années à venir porteront sur l’aménagement ou l’entretien des équipements de proximité et de service aux habitants dans l’ensemble des arrondissements et des quartiers de notre ville : crèches et écoles, équipements sportifs et culturels de proximité, plateforme de santé, maisons de retraite, locaux associatifs…

A ce jour, en l’absence de plan de mandat, nous n’avons pas de garantie que les 600 millions d’euros d’investissement serviront à ces projets. Nous craignions même que la hausse d’imposition serve à financer en partie des projets engagés -parfois inaugurés- sous le précédent mandat, mais que nous allons continuer de payer à présent… Et bien sûr  plane le projet de la Maison de la Danse à Confluence.

* Une augmentation du taux de fiscalité pourrait s’entendre aussi s’il n’y avait pas de baisse du service rendu aux Lyonnaises et aux Lyonnais. Or il est dit dès ce budget 2015, et qu’en sera-t-il par la suite ?- que le niveau de service va baisser.

Je ne prends qu’un exemple celui de la gestion urbaine de proximité (p. 76 du budget) où sont annoncées la « rationalisation des actions d’ouverture/fermeture des parcs et jardins » et une « réflexion sur l’organisation des déchèteries mobiles ».

Emeline Baume le disait tout à l’heure, la décision a été prise sans concertation avec les arrondissements de diminuer de 50 % la fréquence d’installation des déchèteries mobiles dans les quartiers, dispositif pourtant fort utile et utilisé, notamment par les ménages qui  ne disposent pas de voiture.

* Une augmentation du taux de fiscalité pourrait enfin s’entendre si l’accès de tous au service public était préservé. Or que nous présente ce budget ? Il nous présente, parallèlement à la hausse d’impôt, une augmentation conséquente des tarifs pour les usagers des services municipaux, sans distinction de ressources.  Par exemple, hausse des tarifs de cantine de 2 % pour tous, quels que soient les coefficients familiaux, hausse de 4 euros du tarif de stationnement résident qui passe de 16 à 20 euros mensuels,…  Cette augmentation concerne aussi les commerçants avec la hausse des tarifs des terrasses qui va venir s’ajouter à la hausse déjà opérée de la taxe sur les enseignes.

4. Combiner hausse des impôts de nos concitoyens, d’une part, et hausse des tarifs pour les usagers, d’autre part, génère des recettes supplémentaires nous l’avons bien compris. Pour autant, malgré ces recettes supplémentaires, nous devons opérer un certain nombre de choix. Et c’est normal car assumer une fonction politique revient à assumer des choix. Alors, même si nous n’avons pas encore eu de débat sur les choix de notre municipalité, la lecture attentive du budget 2015 nous donne quelques indications. Et là encore nous ne pouvons vous suivre dans ce que vous nous proposez.

 

* Dans une période de restriction budgétaire, nous constatons tout d’abord que notre ville poursuit une politique d’image : les budgets consacrés à la communication, aux fêtes et cérémonies, grands événements et réceptions diverses restent selon nous trop élevés.

* Nous constatons également que notre ville poursuit une politique plus sécuritaire que préventive. Nous n’approuvons pas l’augmentation du nombre de caméras de vidéosurveillance prévue en 2015 car nous estimons que le rapport qualité/prix de ce dispositif n’est pas satisfaisant. Nous préfèrerions que les crédits alloués à la vidéosurveillance soient réorientés vers le fonctionnement de la police municipale pour que nous ayons plus d’agents dans nos rues, non pas pour verbaliser (c’est la mission des équipes de régulation urbaine) mais pour assurer présence et prévention. Le budget consacré au fonctionnement de la vidéosurveillance s’élèvera à 659.000 euros annuels de fonctionnement en 2015 (p. 34) contre 375.000 euros « seulement » pour la police municipale (p. 37). Il faut inverser cette tendance pour répondre aux besoins légitimes de sécurité de nos concitoyens. Rien ne pourra remplacer la présence humaine, la prévention, l’ilotage, le contact avec  nos concitoyens qu’ils soient habitants, commerçants, jeunes ou personnes âgées isolées.

* De même, nous ne pouvons voter un budget qui consacre la fermeture de l’Internat Favre. Notre position est que notre municipalité doit tenir son engagement jusqu’en 2017 puisqu’elle s’est engagée sur un projet d’établissement portant de 2012 à 2017. Et, ainsi que le disait Mme Françoise Chevallier, utiliser la période 2015/2017 pour mettre autour de la table élus et services de la Ville, de la Métropole et de l’Etat. Car oui chacun, au-delà des grands discours sur l’importance de l’éducation, doit prendre sa part pour permettre à tous les élèves lyonnais ou métropolitains de bénéficier d’un dispositif qui prévient l’échec scolaire ou les placements.

Nous désapprouvons également la suppression du dispositif Arts et Langages à l’école  qui permettait les résidences d’artistes en école maternelle et contribuait à développer toutes les compétences de tous les enfants.

* Concernant l’entrée en vigueur des nouveaux rythmes scolaires, nous n’approuvons pas non plus que les activités du vendredi après-midi soient devenues payantes. Certes les parents contribuent là encore aux recettes perçues par la Ville.

Mais d’une part d’autres municipalités ont su faire autrement. Ainsi Lille. Comme vous, Martine Aubry avait choisi de ne pas mettre en place les nouveaux rythmes en septembre 2013 et avait préféré attendre septembre 2014. Mais la municipalité lilloise a mis à profit ces deux années pour concerter, dialoguer et au final mettre en œuvre une réorganisation de la semaine scolaire sur 9 demi-journées dont le samedi matin (au lieu du mercredi matin), avec une pause méridienne de deux heures et une heure et demie d’activité périscolaire un après-midi par semaine encadrée par des professionnels et gratuite pour les familles.

D’autre part, Monsieur le Maire, vous citiez le président du club de football de la Duchère, M. Tria, dans votre discours introductif à notre séance, reprenant son souci de voir qu’une partie de nos concitoyens était à l’écart de notre société. Je partage son et votre souci. Mais j’aimerais que vous partagiez avec nous le souci de savoir que plus d’un tiers des enfants lyonnais ne vont plus à l’école le vendredi après-midi et sont mis à l’écart des activités pédagogiques dont bénéficient  leurs petits camarades. Avec les nouveaux rythmes qu’elle a choisis et la tarification qu’elle a mise en place,notre municipalité participe au processus d’exclusion dans un domaine aussi sensible et crucial que l’école avec, oui, une école qui devient dans notre ville de plus en plus à deux vitesses.

* Nous regrettons également l’absence de politique municipale dédiée à la jeunesse. Le seul dispositif de notre ville, le PRODIJ, qui encourageait les projets portés et  menés par des jeunes Lyonnaises et Lyonnais n’est plus financé. Pas de conseil municipal des enfants, pas de conseil municipal des jeunes, plus de PRODIJ. « On ne nait pas citoyen, on le devient » écrivait Spinoza. Que fait notre municipalité pour encourager les jeunes à la citoyenneté, que fait-elle pour les intéresser à la vie de notre cité et à les y impliquer ?

* Enfin, et pour dernier exemple, nous ne partageons pas le choix de diminuer, même légèrement, l’enveloppe de soutien au secteur de l’économie sociale et solidaire, une économie dont nous savons qu’elle est génératrice d’emplois locaux et que c’est elle qui permettra une meilleure utilisation des ressources et une répartition plus juste des richesses.

Pour conclure, nous pensons que d’autres méthodes et d’autres choix budgétaires sont possibles et souhaitables.  Nous ne nous reconnaissons pas dans les choix opérés pour 2015 et nous voterons donc contre ce budget.

Nous ne fermons pas la porte à des réflexions et débats futurs, nous les souhaitons au contraire afin que les actes et les choix de notre municipalité aillent véritablement dans le sens de l’humain et de la solidarité urbaine.

Je vous remercie de votre attention.

Nathalie Perrin-Gilbert

Maire du 1er arrondissement

Présidente du groupe Lyon Citoyenne et Solidaire au Conseil Municipal

 

 

 

 

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