[27/04/2015] Part Dieu : Quelle vision ?

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[CONSEIL MUNICIPAL DE LYON – 27 ARVIL 2015]

#PART DIEU, UN PROJET QUI MANQUE CRUELLEMENT DE VISION STRATEGIQUE ET DEBAT PUBLIC

@ARTHUR REMY- CONSEILLER MUNICIPAL


Ce projet de délibération doit entériner une convention de maîtrise d’ouvrage unique entre la Métropole et la Ville de Lyon, en vue de réaliser les études et les travaux concernant le projet de pôle d’échange multimodal de Lyon Part-Dieu. Il s’inscrit dans une double volonté :

–         d’une part, le desserrement et la désaturation de la Gare de la Part-Dieu ;

–         et d’autre part, le renforcement des inter-modalités.

Objectifs louables, quand on sait que la gare de la Part-Dieu accueille 125 000 voyageurs par jour, soit une fréquentation 3,5 fois supérieure à ses capacités initiales.

 

1 – La Part-Dieu, un projet sans cohérence urbaine, héritée de négociations entre promoteurs immobiliers

« Une occasion perdue, simple juxtaposition d’opérations sans liens les unes avec les autres, une sorte de chaos urbain dans lequel [il] ne saurai[t] voir aucun signe de satisfaction », voici en ces quelques mots comment Charles Delfante, architecte et urbaniste, concepteur du projet de la Part-Dieu, qualifie la réalisation de ce quartier.

S’il s’agit bien d’une critique à charge, elle reflète tout de même une réalité : le projet initial du quartier de la Part-Dieu a bien évolué avant de devenir celui que nous connaissons aujourd’hui.

C’est en effet dans les années 60, sous la mandature de Louis Pradel, qu’il est imaginé de faire d’une ancienne caserne militaire, le centre décisionnel de la Part-Dieu.

Dans les années 60 – déjà – on avait l’ambition de faire rayonner notre ville !

La première vague de décentralisation et la crise économique passent par là. Progressivement, l’Etat se désengage, les finances publiques locales ne peuvent plus suivre la réalisation d’un tel projet. Petit à petit, on laisse des opérateurs privés s’en saisir faisant ainsi perdre toute sa logique d’ensemble à l’opération.

C’était sans compter sur les erreurs stratégiques de la SNCF qui au début du projet ne voit en la gare de la Part-Dieu qu’un simple rôle de gare de triage. Alors que 10 ans après, arrive la technologie TGV, qui propulse la Part-Dieu en une gare nationale.

Pourquoi ce petit détour historique ? Parce que voyez-vous Monsieur le Maire, la Part-Dieu est l’illustration même de la perte de cohérence d’un projet urbain, quand on ne fait appel qu’à des investisseurs privés pour le réaliser. Et depuis sa réalisation, mandature après mandature, nous essayons de redonner une cohérence à ce quartier qui ne l’a jamais eu !

 

2 – Le projet Part-Dieu, un projet infernal, qui ne fera qu’accroître les problèmes de saturation

Comment faire de la Part-Dieu un quartier cohérent ? Vous nous proposez ici une réponse : désengorger le quartier de ses flux d’usagers.

Pour cela, que prévoyez-vous ?

–         l’aménagement des espaces publics afin de rendre plus lisible les différents modes des transports au sein du quartier, dans un objectif d’intermodalité ;

–         et, la création d’une voie supplémentaire de train afin d’augmenter la capacité de la gare pour la désaturer.

Idée louable certes, mais idée qui ne saurait faire fit des autres projets que vous avez sur la Part-Dieu, à savoir augmenter la taille du centre d’affaires, pour passer de 1 à 1,5 millions de m2 de bureaux d’ici 2030.

Cette attitude est quelque peu paradoxale :

–         d’un côté on fait tout pour fluidifier le pôle d’échange multimodal pour répondre aux enjeux attestés de saturation ;

–         et d’un autre, on continue à développer le centre d’affaires, développement qui va générer des usagers et des flux supplémentaires.

A croire que l’on utilise les mêmes réponses que dans les années 60 et que finalement on va répéter les mêmes erreurs !

Pourquoi Monsieur le Maire chercher à développer là où il y a déjà saturation ?

Avec les élu.e.s Lyon Citoyenne et Solidaire, nous avons une autre vision de la ville et de la métropole. Face à la concentration des fonctions, nous préférerions voir se développer une vraie agglomération multipolaire, la même que vous prêchiez dans le Schéma de Cohérence Territoriale.

3 – Un projet pas la hauteur des enjeux de mobilités durables

La délibération nous rappelle aussi un autre fait – et je cite – : « les enjeux de développement du pôle d’échanges multimodal de la Part-Dieu s’inscrivent-ils dans une perspective à la fois locale, métropolitaine, régionale, nationale et européenne ».

Effectivement, la gare de la Part-Dieu est la première gare française et se situe en plein dans le nœud ferroviaire lyonnais : ce nœud d’étrangement où se concentre tous les problèmes.

Alors si la délibération évoque une deuxième phase sur le long terme de reprise éventuelle de la gare en souterrain, qu’en est-il des options que vous avez retenues ?

Pour le moment, je le rappelle, vous nous proposez la création d’une seule voie supplémentaire. Sa construction ne pourra répondre qu’à l’engorgement déjà existant de la gare de la Part-Dieu.

Comment allons-nous donc faire face à l’augmentation croissante des usagers du train et des transports en commun à la Part-Dieu, qui sont liés d’une part à l’augmentation de la pratique des mobilités durables (et je m’en félicite), et d’autre part à l’augmentation des surfaces de bureaux dans le quartier ?

La réponse que vous nous proposez me paraît alors totalement insuffisante et manque de vision prospective.

4 – Un projet absent du débat public

Avant de finir, je m’interroge sur les modalités de concertation autour du projet de la Part-Dieu.

Pour cela, la lecture du rapport d’enquête relatif au projet de modification n°11 du PLU est vivement conseillée. Particulièrement, le point 1.E.8 nommé « Thème particulier : Part-Dieu ». Il est vrai que les commissaires enquêteurs ont du faire un point spécifique à ce sujet, ce thème représentant à lui seul 104 contributions, soit 46% des avis recueillis sur l’ensemble de la procédure d’enquête.

Je cite :

« Bien évidemment, la Métropole de Lyon, à grand renfort de discours bien rôdés et disposant d’importants moyens publicitaires sur papier glacé, démontre l’importance des moyens et initiatives prises en matière d’information d’accompagnement au management du grand projet….

Il est aussi dit que :

« […] le débat public sur les immeubles de grande hauteur doit avoir lieu !

Et ce débat ne peut se limiter aux seuls riverains, aux proches quartiers, à l’arrondissement, à la rive gauche – Villeurbanne compris, à la ville de Lyon. Il doit aussi concerner l’ensemble des habitants de l’agglomération, car il s’agit d’abord de leur territoire, de leur patrimoine, de leur paysage futur et de l’identité collective qu’ils donneront d’eux même. »

Il est vrai que la juxtaposition des intérêts publics et privés et la multiplication des périmètres rendent  le débat public complément opaque.

Pour conclure, Monsieur le Maire, les élu.e.s Lyon Citoyenne et Solidaire voteront contre cette délibération. D’abord, car nous pensons que ce projet manque cruellement de visions stratégiques sur ce que doit être la ville de demain. Et aussi parce que l’absence de débat public ne peut garantir une réelle prise de décisions des élu.e.s.

Je vous remercie.

Arthur REMY

Rapport  2015 / 172 : Lyon 3ème – Pôle d’échange multimodal Lyon Part-Dieu – Autorisation de signature d’une convention de maîtrise d’ouvrage unique Grand Lyon – Ville de Lyon

 

 

 

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