[07/09/2015] Accueillir les réfugié-e-s

[CONSEIL METROPOLITAIN DU GRAND LYON – 07 SEPTEMBRE 2015

#ACCUEILLIR LES REFUGIE-E-S PARCE QUE LA METROPOLE PEUT AGIR : QUATRE PROPOSITIONS DU GRAM

@NATHALIE PERRIN-GILBERT & ANDRE GACHET – CONSEILLERS METROPOLITAINS


# Accueillir le Monde et sa Misère :

Les images qui nous agressent sont celles de nos faiblesses. La Métropole doit aujourd’hui se poser la question du “comment” elle accueille, celle du “combien” viendra ensuite.

Le défi est de regarder la réalité en face pour inclure effectivement la lutte contre la misère et l’exclusion dans le projet politique.

La Métropole soigne avec succès son image à l’international. Elle est ouverte aux échanges et migrations économiques, elle accueille les cultures et les sports et elle se soucie aussi de coopération décentralisée.

A cause de cette richesse, car cela en est une, elle doit aussi se pencher sur ses faiblesses dans le même domaine. Le patrimoine mondial est aussi fait d’humanité. Poser aujourd’hui la question du « comment » nous accueillons est, dans l’actualité qui fait le monde, un impératif.

Répondre à cette question nécessite une volonté politique affirmée : savoir qui nous accueillons et dans quelles conditions pour pouvoir envisager de mieux le faire et être en mesure de définir et proposer la place que la Métropole de Lyon doit tenir dans l’exercice d’une solidarité effective.

Accueillir : une action inscrite dans les textes fondamentaux de la République et qui trouve sa place dans l’action politique

L’accueil des réfugiés est inscrit dans la constitution, l’égale dignité de tous est présente dans les lois de la République, les conditions de l’accueil dans le respect des personnes relèvent du législatif et du réglementaire.

La Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne a force de loi et la Charte Sociale révisée oriente les décisions prises par la France. Les directives européennes – en particulier la directive « Accueil » 2013/33/UE – sont le cadre des interventions et des dispositifs d’accueil.

Les orientations politiques des différents partis républicains – l’extrême droite a fait d’autres choix – qui composent l’assemblée de la Métropole sont différentes mais se réclament toutes d’un « humanisme » inscrit dans les traditions de la France « pays des Droits de l’Homme ». Les politiques de Gauche se veulent particulièrement sensibles au respect des droits.

Le GRAM se déclare très clairement ouvert à l’accueil de l’autre, à la solidarité envers les plus faibles. Il est convaincu que l’avenir se construit avec l’ensemble de celles et ceux qui vivent dans la Métropole et de la capacité des citoyens et citoyennes à contribuer dans leurs diversités au bien commun.

Accueillir et accompagner parce que nous le devons, co-construire parce que nous le voulons

Au delà du financement de « l’accueil et de l’accompagnement » inscrit dans nos dispositifs quelle est la perspective que la Métropole – forte de ces acteurs et porteuse de la volonté de marier « l’humain et l’urbain » – veut dessiner ?

Car si nous accueillons par nos dispositifs, avec des catégories d’ayant-droit et donc des exclus, les évolutions conjoncturelles et structurelles doivent nous inciter à questionner la répartition des moyens que nous dispensons. Le tissu social et associatif prend aussi sa part et mériterait davantage de soutien.

Mais ce qui fait défaut, au premier chef, c’est la connaissance de ce que nous sommes en capacité de faire. Le GRAM a souvent souligné la nécessité de la connaissance pour agir. Qui accueillons-nous et qui laissons-nous sur le pavé et dans les bidonvilles ? Avec quels moyens agissons-nous ? Avec quels partenariats locaux, nationaux et internationaux ?

C’est en répondant à cette question que nous dessinerons le paysage de nos atouts et de nos faiblesses. Nous serons en mesure d’apporter les améliorations qui sont dès aujourd’hui à notre portée. Il est temps d’inventer de nouvelles formes d’accueil qui reposeraient sur les capacités de tous nos territoires. Nous avons trop perdu de temps avec une vision de notre agglomérationaccueillant toute la misère du monde, alors même que nous avons concentré la réponse en quelques lieux et auprès de quelques acteurs seulement.

Une place et une fonction centrale

La situation géographique de Lyon et son image en feront toujours un espace d’attrait – ce qui n’a rien à voir avec le fantasme de l’appel d’air – il nous appartient en conséquence d’assumer une responsabilité de coordination et d’animation de l’accueil au niveau local et aussi avec les autres agglomérations concernées au niveau régional. L’accueil des personnes est un acte à haute valeur qualitative, humaine. Il est question de dignité chaque fois qu’il faut orienter les personnes et les familles. La planification doit être au service des personnes accueillies. La multiplication des lieux d’accueils, si elle est fondée sur les capacités logistique, humaine et sociale ne doit pas nous faire peur. Elle ne doit pas être la solution par défaut ou la seule variable d’ajustement, et ne le sera pas si elle correspond à une volonté politique clairement exprimée et assumée.

La Région : une opportunité pour construire de nouvelles solidarités

Jusqu’ici la Région s’est tenu à l’écart de ces questions en particulier en se dotant d’un programme opérationnel d’utilisation des fonds européens qui exclut les dimensions de solidarité et de lutte contre l’exclusion, la nouvelle Région doit être incitée à modifier cette posture.

Ensuite, nous pourrons répondre à la question éventuelle de « combien » nous pouvons accueillir. Et pour cela nous devrons choisir les voies de la solidarité. De très nombreuses communes et agglomérations d’Europe ont fait ce choix, elles nous montrent des initiatives que nous pouvons reprendre à notre compte, dans tous les domaines de l’hébergement, du logement, de la scolarité et de la formation, de l’emploi et de la santé, de l’alimentation et de la solidarité quotidienne.

Penser global et agir local ?

La Mairie du 1er Arrondissement organise en début d’année 2016 la 1ère Foire aux innovations et initiatives pour l’insertion sociale et la réponse à l’urgence. Elle appelle au rassemblement des acteurs dans la diversité de leurs actions, parce que le niveau local est aussi un acteur de l’accueil et de l’insertion dans le cadre de solidarité plus large.

L’exercice des solidarités locales n’est pas la manifestation de particularismes locaux, il prend place dans un ensemble comme contribution au projet partagée. Il doit être encouragé. Nous regrettons le retard pris pour mettre en œuvre les actions sur la vacance promues par le premier arrondissement, comme nous regrettons la faiblesse du soutien à certaines associations ou la difficulté à mettre en œuvre la coordination locale des acteurs. Mais nous restons convaincus que l’avenir n’est pas à la fermeture.

La Métropole inscrite dans un jeu d’alliance

Il est souvent rappelé que les solutions aux problèmes de l’asile ou aux répercussions des migrations doivent être trouvées à l’échelle de l’Europe, voir du Monde. Oui, cela est vrai aussi et contraint la Métropole à se poser la question de son positionnement dans les instances et lieux de concertation qui rassemblent les collectivités européennes ou mondiales. Comment les élu-e-s en responsabilité sont-ils en capacité d’agir, de proposer ? Comment rendent-ils compte de leurs mandats ? Et comment surtout leurs actions sont-elles construites avec l’assemblée qu’ils ou elles représentent ?

Dans les différents regroupements ou institutions où la dimension internationale à sa part, Eurocities, Euronews, RESA-COOP, Universités de Lyon, dans les institutions comme les collectifs thématiques des villes (coopération décentralisée, personnes âgées, enfance – jeunesse,..), dans les lieux qui pourraient aussi bénéficier de la présence et de l’expérience de la Métropole (HABITACT, par exemple) et enfin par la présence de la Métropole et de la Région au niveau européen (délégation permanente, comité des régions) et aussi par l’action de nos associations au niveau international (la liste est longue..) la Métropole peut et doit être force de propositions. Elle peut d’ores et déjà affirmer la volonté de s’inscrire, comme l’a fait le premier arrondissement de Lyon, dans le réseau européen des « villes- refuges ».

Les propositions du GRAM :

1/ La Métropole :

Bilan et prospective dans le cadre de la réécriture des dispositifs prévus par les textes et qui relèvent de ses obligations : la Métropole doit orienter le diagnostic à 360° qui accompagne l’élaboration du Plan Local d’hébergement et de Logement des Personnes Défavorisées (PLHLPD) pour une compréhension effective de la situation actuelle (pression de la demande, moyens dédiés, prévisions réalistes,…).

2/ La Région :

Au moment de la mise en place de la nouvelle Région, la Métropole doit introduire et animer la réflexion sur la coordination de l’accueil. Les candidats à la Région doivent être incités à se prononcer sur les politiques d’accueil et sur les objectifs de lutte pour l’inclusion sociale. Ils doivent en particulier s’engager sur le contenu des programmes opérationnels d’usage des fonds européens (FEDER, FSE) en direction des communautés défavorisées.

3/ Les communes et les arrondissements :

Les élu-e-s locaux sont invité-e-s à prendre en main l’action de proximité qui doit être le fondement de la politique métropolitaine. Dans chaque commune et arrondissement l’ouverture d’un lieu (permanence téléphonique ou local) qui permet l’accueil des initiatives, la fédération des actions. Quelques heures hebdomadaires suffisent pour cela. Les actions locales sont les lieux d’expression de la solidarité mais aussi et surtout les lieux où la co-construction est possible : les migrant-e-s et réfugié-e-s apportent leurs connaissances, leurs savoir-faire, les richesses de leurs cultures. Ensemble, nous pouvons construire des projets sur tous les champs de la vie sociale (habitat, école, travail, loisirs, sport, culture…) et des aspirations individuelles et collectives. Le « vivre ensemble » peut prendre des formes très concrètes.

4/ À l’International

La Métropole doit s’engager, dans chaque instance internationale où elle intervient, à porter le message d’ouverture et de solidarité. Un message qui ne se réduit pas aux « bonnes œuvres » d’une communauté riche mais s’inscrit dans un projet politique. Elle doit rechercher les partenaires des bonnes pratiques et des échanges d’expériences positives, elle doit initier et participer aux évolutions des cadres juridiques de l’accueil des migrants et des réfugiés dans l’Union Européenne.

Nathalie Perrin Gilbert et André Gachet,


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