[17/12/2015] Budget 2016

Conseil-municpal-Ville-de-Lyon

[CONSEIL MUNICIPAL DE LYON – 17 DÉCEMBRE 2015]

#BUDGET PRIMITIF 2016

@NATHALIE PERRIN GILBERT – CONSEILLERE MUNICIPALE

 


Le groupe Lyon Citoyenne et Solidaire ne pourra émettre un avis favorable sur le budget primitif 2016 et s’abstiendra donc sur cette délibération.

Evidemment, notre ville doit tenir compte des choix politiques et budgétaire du gouvernement et notamment du projet de loi de finances 2016 ; choix dont nous ne partageons pas la teneur et qui se traduisent cette année pour notre ville par une réduction de 11,6 millions d’euros de sa dotation globale de fonctionnement.

Pour autant, et même si nous comprenons la difficulté budgétaire liée en partie au contexte national, nous ne soutenons pas certains choix opérés par notre municipalité, de même que nous ne soutenons pas la méthode employée pour construire ce budget.

Je commencerai par la méthode.

1/ Une fois encore, ni en commission thématique Finances, ni même lors du débat d’orientation budgétaire précédent, nous n’avons eu d’échanges politiques sur les choix que doit opérer notre ville dans le contexte que je viens de rappeler. L’entrée purement technique et financière a été privilégiée. Quel sens politique donnez-vous, Monsieur le Sénateur Maire, Monsieur l’Adjoint, au budget que vous nous présentez ? Quelles sont vos priorités politiques et à qui s’adressent-elles ? Nous ne le savons pas véritablement.

La présentation du budget de notre ville est là semble-t-il pour rassurer banques et investisseurs, mais en aucun cas elle ne parle politique au sens premier du terme, en aucun cas elle ne s’adresse aux premiers concernés, y compris parce qu’ils sont contribuables : les habitantes et les habitants de notre ville.

2/ Deuxième point de méthode. Il y a maintenant plusieurs mois, un plan de marge de manœuvre global nous avait été présenté. Et fin 2014, dans une réunion ad-hoc, Monsieur Brumm nous avait présenté les déclinaisons de ce plan pour 2015.

Pour 2016, rien ! Malgré nos demandes répétées, nous n’avons pas bénéficié d’une présentation de la déclinaison 2016 du plan de marge de manœuvre. Nous avons bien compris qu’il devait nous conduire à réaliser 9 millions d’économies réparties entre 3,5 millions de recettes supplémentaires et 5,5 millions de baisse de dépenses. Mais à part cela, comment cela se décline t il dans le détail ? Nous ne le savons pas et c’est regrettable.

Il nous a été répondu, lors de la réunion du réunissant les arrondissements autour de M. Brumm, que cette présentation détaillée était trop compliquée à faire !

Vous comprendrez qu’il est aussi trop compliqué, et surtout peu responsable pour les élu-e-s que nous sommes, d’approuver un budget avec un tel manque d’informations !

3/ Dernier point sur la méthode et je citerai Nonna Mayer, remarquable politologue qui au lendemain du second tour des élections régionales a répondu à un interview. Elle y explique combien « se contenter de dire non au Front National est aller droit dans le mur » et combien il est nécessaire de « s’interroger sur de nouvelles formes de participation politique, venant d’en bas, sans passer par les canaux partisans ni même associatifs ».

Mes chers collègues, le budget est un acte politique fort. Il est l’occasion aussi de pratiquer la politique autrement. A la même époque l’an dernier, lors de nos mêmes débats sur le budget, je prenais l’exemple de Paris avec la mise en place par la maire Anne Hidalgo de budgets participatifs conséquents et significatifs, et ce en matière d’investissements. Monsieur le Sénateur Maire, Monsieur l’Adjoint aux Finances, mes chers collègues, il est plus que temps d’associer nos concitoyennes et concitoyens à nos choix budgétaires : notre ville comme notre démocratie ne s’en porteront que mieux !

Il est plus que temps aussi de ne pas raisonner seulement en grands équilibres globaux, mais d’intégrer beaucoup plus à notre réflexion et à nos choix budgétaires le souci de la proximité. Il est plus que temps d’avoir le goût pour ce niveau budgétaire plus modeste, moins spectaculaire mais pourtant essentiel, ce niveau qui est celui du quotidien des habitants.

Après la forme, j’en viens au fond (les deux étant indissociables par ailleurs !)

1/ D’abord, arrêtons de dire que tout est contraint dans le contexte national et européen actuels.

Quand je vois Monsieur le Sénateur-Maire, les ré-orientations de fond que votre collègue la Maire de Madrid a su impulser en à peine quelques mois, il est évident qu’avec de la volonté, de l’ambition et du courage politiques, des marges de manœuvre importantes existent.

2/ Ensuite, parler de contexte national m’amène, mes chers collègues, à aborder les résultats des élections régionales de décembre dernier.

D’abord un résultat n’est pas à minimiser, celui de l’extrême droite. Certes le Front National n’a pas remporté de régions, on aurait tort pour autant de le présenter comme le perdant de ces élections. Ce parti a progressé en nombre de voix, y compris entre les deux tours. Il n’y a donc pas de triomphalisme à avoir, pas même dans notre région et pas même à Lyon.

A ce sujet, je vous ai lu Monsieur le Sénateur Maire, ainsi que M. Kimelfeld, votre premier vice-président à la métropole et par ailleurs 1er secrétaire de la fédération socialiste du Rhône. J’ai lu que vous vous félicitiez des résultats obtenus à Lyon par la liste de Jean-Jack Queyranne et que vous n’hésitiez pas, l’un et l’autre, à revendiquer ces résultats, y voyant l’adhésion des électrices et électeurs au « modèle lyonnais ».

Plusieurs remarques à ce sujet.

La première est que ce type de déclarations est exactement ce que les Françaises et les Français, les Lyonnaises et les Lyonnais ne veulent plus entendre. Entendre les partis et les hommes politiques faire preuve d’un tel aplomb et faire des défaites des victoires est pour eux le signal qu’une fois encore le message qu’ils ont adressé par les urnes est méprisé.

Ma deuxième remarque est que le score réalisé sur Lyon correspond aux scores enregistrés d’une manière générale par les grandes villes de notre pays.

Il n’y a donc en cela ni exception ni modèle lyonnais. Cette réalité doit vous conduire, si c’est possible, à un peu d’humilité dans la vision que nous avons de notre action municipale.

Ma troisième et dernière remarque est que pour revendiquer une victoire, il aurait fallu avoir mené campagne ! Il se pourrait que quelque chose m’ait échappé, mais je n’ai pas eu l’impression que ce fut le cas ni de votre part, ni de celle de M. Kimelfeld. Je ne vais pas détailler mais nous avons tous en mémoire au contraire les glissantes peaux de bananes glissées ça et là sur le chemin du candidat socialiste, ainsi que vous savez si bien le faire y compris contre votre propre camp. D’ailleurs en lisant votre message « je suis ton maire » hier sur facebook, je me demandais bien « de quelle côté de la force passé tu es » !

3/ Malgré votre absence totale de soutien, et à l’instar des habitantes et habitants des grandes villes, les Lyonnaises et les Lyonnais ont placé les listes, le bilan et le programme de Jean-Jack Queyranne en tête dans notre ville.

Cela veut dire que, pour eux, les compétences de la Région en matière de formation, d’enseignement, d’emploi, de transport, sont importantes. Cela veut dire aussi qu’ils approuvent le soutien au secteur culturel.

De cela, nous devons tenir compte au moment d’élaborer notre budget.

Tenir compte du vote des électeurs et électrices aux élections régionales sur notre commune, c’est entendre que nous avons une responsabilité particulière en matière d’éducation, que nous devons continuer à soutenir le secteur culturel, et en particulier le spectacle vivant, les arts visuels et numériques ; que nous devons développer aussi notre soutien au secteur de l’économie sociale et solidaire ; que la jeunesse, enfin, doit être également une de nos priorités municipales.

J’ajouterai parallèlement que les initiatives citoyennes doivent être mieux soutenues et les dotations aux arrondissements revues à la hausse avec notamment une révision de la dotation d’investissement, le critère des 2 euros par habitant étant tout à fait insuffisant si nous voulons développer de vrai projets d’aménagement de proximité.

D’autre part, nous regrettons que notre ville marque le pas en matière de petite enfance et d’aménagement de relais d’assistantes maternelles ou de crèches. Ce ralentissement est contradictoire avec l’ambition de notre ville en matière d’égalité femmes-hommes et ne tient pas compte non plus des conséquences probables des nouveaux rythmes scolaires qui feront que moins d’enfants de 2 ans et demi seront inscrits dans nos écoles désormais.

Pour conclure, je tiens à dire qu’un budget se construit à partir de priorités politiques et non pas seulement pour tenir compte de considérations techniques et financières. Si nous ne faisons pas cela, nous continuerons de faire le lit du discours « droite et gauche c’est pareil », un discours qui fait croître au mieux l’abstention, au pire les votes extrêmes.

Nous devons redonner confiance à nos concitoyens dans notre capacité d’écoute ainsi que dans le pouvoir d’agir du politique !

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *