[11/07/2016] Création de l’Institut Français de Civilisation Musulmane

[CONSEIL METROPOLITAIN DU GRAND LYON – 11/07/2016]

#INSTITUT FRANCAIS DE CIVILISATION MUSULMANE : QUELLE PLACE DANS NOTRE APPROCHE DE LA LAICITE?

@ANDRE GACHET – CONSEILLER METROPOLITAIN

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Les améliorations apportées in extremis à la délibération sont essentielles. Elles clarifient quelques points qui le méritaient et nous permettent de nous centrer sur les questions les plus importantes.

En effet, le financement venant d’États partenaires est précisé ainsi que le contrôle afférent sous le pilotage de l’État. Notons simplement qu’à hauteur d’1M€, il correspond à ce qu’aurait pu être l’apport de la Région.

En précisant le mode de gouvernance nous savons maintenant que la Ville, la Métropole et l’Université ont une place structurelle dans l’Institut. Par ailleurs la fonction et le rôle de l’État sont clairement énoncés.

C’est donc sur ces bases que nous pouvons regarder l’objet de cette délibération.

Les questions importantes que nous devons nous poser concernent en premier lieu la place d’une telle institution dans notre approche de la laïcité. Bien sûr, nous le savons et ces débats vont certainement encore le montrer, la laïcité, au-delà du cadre légal incontestable et sur lequel nous nous accordons tous, demeure un sujet de discussion.

« La laïcité est un principe de droit politique. Elle recouvre un idéal universaliste d’organisation de la Cité » écrit le professeur Henri Pena-Ruiz qui précise que laïcité, en grec Laios ou Laikos, fait référence à l’unité du peuple, telle qu’elle se fonde sur la liberté de conscience, l’égalité de tous et la visée de l’intérêt général. On trouve la même notation dans les commentaires du Dalloz. La laïcité est un bien commun qui ne peut être confisqué par aucun groupe de quelque nature qu’il soit.

De cela, nous sommes convaincus et le projet qui nous est présenté se réclame des mêmes-valeurs et s’inscrit dans le même cadre légal. L’Institut français de civilisation musulmane – comme l’Espace culturel du Christianisme à Lyon et l’espace Hillel – n’est pas un lieu de culte, sa structure juridique en atteste.

Le financement public est impossible pour les lieux de culte, (La seule dérogation est le fait d’Edouard Herriot en 1923, accordant un financement à la mosquée de Paris pour rendre hommage aux soldats de confession musulmane tombés au cours de la grande guerre), c’est la loi mais c’est aussi une règle fondée sur la non ingérence dans le fait religieux.

Ici nous sommes sous le régime de la loi de 1901 et les collectivités ont leur place. La Ville, la Métropole et l’Université participeront à la gestion et aux orientations de l’Institut qui a pour objet une ouverture large au grand public au-delà des sphères universitaires.

Il y a donc une mission importante et précise pour les représentantes et représentants des collectivités et de l’Université. Le professeur Chérif Ferjani, dont les travaux sur l’Islam, la laïcité et les droits de l’Homme font référence, est convaincu qu’il y a dans ce projet et dans son portage, par la Grande Mosquée de Lyon et par des acteurs universitaires un outil pour ne pas laisser l’islam et les musulmans de France livrés aux islamistes radicaux. Un Institut similaire existe à Paris avec le soutien de la Ville qui porte également cette préoccupation. (Il est dirigé par Khaled Abichou que j’ai eu la chance de rencontrer). L’Institut de Paris jouxte le lieu de culte. Ainsi coexistent une association loi 1905 et une loi 1901. Cette dernière qui bénéficie d’une aide au fonctionnement importante de la Ville est devenue une instance de régulation par sa fonction et son ouverture.

Bertrand Delanoë à l’occasion de son inauguration à posé la question «Qu’est-ce que la laïcité ? C’est le respect de l’identité de chacun, c’est le respect de la conviction de chacun. La laïcité, ce n’est pas l’indifférence, c’est le rassemblement dans la communauté républicaine», Pourtant l’Institut des Cultures de l’Islam de Paris a subi les mêmes critiques que celles que nous avons entendues et entendrons encore ici.

Ce sont des objectifs et un cahier des charges clairs et précis qui vont donner à l’Institut de Lyon sa personnalité et sa couleur dans la Cité et pour les citoyens de la Métropole. Cette inscription dans la Cité est la seconde question essentielle.

Sur cet aspect, le Père Christian Delorme évoque à juste titre la « fierté du musulman ordinaire ». Il voit dans l’Institut un lieu de référence culturelle et un moyen d’ouverture.

Ce disant il nous rappelle que c’est l’individu qui est porteur de droit et non la communauté. Lutter contre le communautarisme c’est faire entrer dans la Cité l’histoire et la culture, éléments constructeurs de la civilisation parce qu’ils exigent effort et le dépassement, contre la barbarie qui n’est qu’instinct.

Le sentiment de rejet et d’exclusion d’une partie de nos concitoyens de confession musulmane, provient de l’expérience sociale, pas du droit. A leur endroit, l’Institut doit être une marque de revalorisation, comme ce devrait être le cas d’autres actions de la Métropole. Nous avons eu l’occasion de le dire lors de délibérations sur la coopération décentralisée. Il y a dans les engagements de la Métropole des occasions de dire nous, nous citoyens de toutes origines, et dans le même temps de dire moi, moi citoyen originaire d’ici ou d’ailleurs.

Pour conclure, je voudrais souligner encore l’importance du rôle de nos représentantes et représentants dans cet Institut Français de Civilisation musulmane. Il devront comme les représentantes et représentants de la Ville de Paris – issu-e-s des différents groupes politiques ou personnalités qualifiées – veiller à ce que les initiatives prises par l’Institut permettent de faire valoir ce qui fait patrimoine culturel et peut trouver place dans ce que l’on appelle dans l’éducation classique, les « humanités ».

C’est ce que nous voulons et devons défendre pour l’avenir de ce projet.

Merci de votre attention.

André GACHET

Délibération 1383. Création de l’Institut Français de Civilisation Musulmane

Pour aller plus loin :

  • “La Laïcité”, Michel Miaille, Dalloz juin 2015 ;
  • “Pari de civilisation”, Abdelwahab Meddeb, collection essais Points mars 2016;
  • “Qu’est-ce que la laïcité ?”, Henri Pena-RUIZ folio actuel-inédit 2015 ;
  • “Islamisme, laïcité et droits de l’homme”, Mohamed-Chérif Ferjani chez l’Harmattan 1991 ;
  • “La laïcité au quotidien”, Régis Debray et Didier Leschi chez Folio décembre 2015

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