[19/09/2016] Programme de développement économique

[CONSEIL METROPOLITAIN DU GRAND LYON – 19 SEPTEMBRE 2016]

#PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE DE LA METROPOLE 2016-2020

@NATHALIE PERRIN-GILBERT – CONSEILLERE METROPOLITAINE

 

Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président délégué,

Vous soumettez ce soir à l’approbation de notre assemblée le programme de développement économique de la Métropole de Lyon pour 2016-2021.

Un programme qui semble être le fruit d’importants temps de concertation avec de nombreux partenaires, et qui comporte des éléments intéressants. Notre goupe tient à saluer ce travail partenarial réalisé par les services et le vice-président délégué au développement économique. 

Parmi les éléments intéressants que nous évoquions, il y a l’ouverture plus affirmée du programme économique de notre métropole vers les nouvelles économies : économie circulaire, économies créatives et culturelles. 

Nous sommes particulièrement satisfaits que notre collectivité s’empare enfin du thème de l’économie circulaire, mais aussi de l’économie de fonctionnalité ou de la refabrication qui réduisent la consommation de matières premières. Et nous apprécions que la thématique «zéro déchets» soit mentionnée en tant que telle dans le document.

Concernant les économies de la création, nous apprécions la mention faite du Village des Créateurs sur le 1er arrondissement, mais aussi la mention du pôle Pixel, de Lyon Design et vous avez bien raison de rappeler que les industries culturelles et créatives représentent aujourd’hui 1,3 million d’emplois et 84 milliards d’euros de contribution à l’économie française. Riche d’un fort tissu de créateurs, notre métropole doit miser fortement sur cet axe de développement.

L’attention au secteur industriel, le soutien ré-affirmé aux PME, porteuses d’emplois et réparties sur nos communes, sont également fortement présentes dans ce document-cadre. De même, la reconnaissance de l’importance de la formation, initiale ou continue, le souhait de lier économie, insertion et lutte contre le chômage de longue durée, sont des éléments qui vont dans le bon sens.

Autant dire qu’il y a de bonnes orientations dans ce document.

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Pour autant, ce document ne doit pas être un simple recueil d’intentions, encore moins une forme de « greenwashing économique » essayant de donner une apparence de modernité à notre collectivité. Nous sommes habitués aux éléments de langage du marketing territorial : fab-lab, co working, fabrique de l’innovation, industrie créative… des intitulés flatteurs certes mais qui correspondent à des réalités économiques qui demandent à être entendues, comprises et encouragées de manière volontaire.  Nous jugerons de ce programme sur des actes, et notamment en faveur de ces nouvelles économies. 

Nous serons attentifs aussi au sort que vous réserverez en fin de séance au vœu déposé par le groupe EELV concernant l’A45 car, le rapport le dit, nouvelles formes de mobilités urbaines, qualité de l’air et santé environnementale sont de vrais éléments d’attractivité aujourd’hui.

Tel était le 1er bémol : notre vigilance à ce que les phrases présentes dans ce document soient suivies d’actes concrets. 

Le 2ème bémol est une conséquence du 1er. Comment ce programme va-t -il être évaluer ? Dans quel cadre ? 

Pour notre part, nous souhaitons un cadre ouvert aux vice-présidents et conseillers délégués concernés via leur délégation, et bien sûr ouvert aux différents partenaires extérieurs à la métropole qui ont participé à l’élaboration de ce schéma. Nous proposons que des points d’étapes annuels, soient faits en commission thématique “développement économique”. 

Nous souhaitons enfin revenir sur les critères qui serviront de base à cette évaluation. Si ces critères sont uniquement les “indicateurs de succès” mentionnés en dernière page du document, -et que vous avez listés M. Kimelfeld- il va de soi que c’est totalement insuffisant. Nous ne mesurerons pas la qualité du développement économique simplement à l’aulne du nombre de nuitées d’hôtel ni de passagers à l’aéroport ; ni même aux nombres de nouvelles entreprises créatrices d’emplois accueillies chaque année. Baisse du nombre des entreprises en liquidation, mesure de la réduction des déchets ou évaluation des économies réalisées en ressources naturelles, affichage de la part que nous souhaitons voir atteindre par les nouvelles économies, … voilà quelques uns des critères que nous souhaitons voir ajouter. 

Nous regrettons également l’absence dans le programme de développement économique de la métropole du secteur de l’Education Populaire, du secteur associatif. Pourtant le secteur associatif représente 10 % des emplois créés en région Auvergne – Rhône-Alpes. A l’heure des déclarations tonitruantes du président de notre Région sur les associations, la prise en compte par notre collectivité du secteur associatif y compris en tant que secteur créateur d’emplois, est plus que nécessaire.

Le 3ème bémol que nous portons concerne votre édito Monsieur le président. Les deux premiers paragraphes commençaient bien : ” Nous vivons aujourd’hui dans une économie marquée par l’innovation et le changement permanent. … Dans ce contexte, tirer son épingle du jeu suppose, pour un territoire comme pour une entreprise, de se remettre sans cesse en question. ..”
Mais dès le troisième paragraphe tout s’écroule. “Chacun mesure le chemin parcouru depuis la réalisation de notre dernier programme en 2002. Notre métropole fait aujourd’hui régulièrement partie du top 10 européen… Cette place de choix dans la mondialisation a profité à tous“.

À l’humilité, à la remise en question, succède immanquablement ce besoin de compétition qui correspond à un modèle de développement économique daté et à une philosophie de vie qui ne sont pas ceux que prônent justement les nouvelles économies, les économies circulaires, les économies de la connaissance. Et comment peut-on dire que ce modèle “a profité à tous” alors que jamais les inégalités qu’elles soient économiques, sociales, éducatives, territoriales, n’ont été si fortes ? Et ce même dans notre métropole. 

Comme l’a écrit récemment Harald Welzer “Ce dont nous avons besoin, précisément en temps de crise, c’est de développer des visions ou au moins des idées qui n’ont jamais été imaginées auparavant »; [et de citer Albert Einstein au passage] “on ne peut pas résoudre des problèmes avec le mode de pensée qui les a fait naître“.

Voilà le vrai défi pour notre grande métropole, Monsieur le Président : être véritablement innovante, s’affranchir du mode de pensée économique dominant et contribuer à un changement de paradigme total en matière de développement. C’est ainsi que nous tirerons notre épingle du jeu.

Et pour finir, le dernier bémol. Monsieur le président, vous comprendrez que nous ne nous contenterons pas d’une seule page, sur la centaine de ce document, pour être convaincus des vertus redistributives de la métropole telle que vous l’avez créée avec M. Mercier. Et ce même si cette page s’appuie sur une étude menée par l’économiste Laurent Davezies. Le point de vue d’un seul homme, aussi brillant soit-il, ne fait pas vérité. Nous considérons qu’il est bien prématuré de se féliciter des conséquences de la métropole en matière de cohésion sociale et territoriale. 

En revanche, on peut d’ores et déjà regretter une chose : le fait que notre métropole ait été structurée, sans jamais que soit posée par ses créateurs la question fondamentale de son périmètre, de son territoire pertinent. Le territoire choisi a été celui du “grand Lyon”. Or, partout dans le monde, à l’exception de Lyon, la métropolisation suppose un changement d’échelle. Et ça Monsieur le président, au-delà peut-être de M. Davezies, tous les économistes et politistes vous le diront.

Programme de développement économique de la Métropole de Lyon 2016-2021

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